Incroyable seinen dystopique sorti au Japon en 2005 puis en 2009 en France. C’est à ce moment-là que je l’ai découvert pour la première fois. L’ayant perdu, avec d’autres livres, dans un déménagement — à mon grand désarroi —, je le rachète petit à petit et je constate que, 17 ans après, il n’a rien perdu de sa force d’impact.
À la suite de l’attentat du 11 septembre qui a touché les États-Unis en 2001, le mangaka Motorô Mase décide de concevoir une œuvre pour exprimer le détachement que l’on ressent parfois face à la mort. Le résultat, c’est : Ikigami: Préavis de mort, un mélange d’État totalitaire et de drames personnels.
Toujours aussi percutante, l’histoire se déroule dans un Japon fictif où tout citoyen qui s’apprête à entrer à l’école primaire doit se soumettre à une « vaccination de prospérité nationale », afin de se prémunir contre différentes maladies infectieuses. Cependant, des nano-capsules spéciales sont introduites de façon aléatoire dans 0,1 % des seringues. Le citoyen qui reçoit cette vaccination ne se doute pas une seconde qu’entre ses 18 et 25 ans, la capsule éclatera dans ses artères pulmonaires et causera sa mort à une heure et une date précises.
Sous prétexte d’un protectionnisme étatique, l’individu est appelé à se sacrifier pour le bien de la patrie. Kengo Fujimoto est le fonctionnaire chargé de remettre les ikigami aux grands gagnants du loto de la mort. Une fois l’ikigami remis au futur défunt, l’individu dispose de 24 heures avant l’éclatement de la capsule pour profiter de ses derniers instants de vie comme bon lui semble — sans toutefois se soustraire aux éventuelles conséquences de ses actes. Les proches de ceux qui auront choisi la voie de l’illégalité dans ces derniers instants verront non seulement leur pension de prospérité nationale supprimée, mais devront en plus payer, de manière proportionnelle, les dégâts causés.
Toute cette danse macabre est orchestrée dans le but que l’épée de Damoclès qui pèse sur chacun réveille une soudaine notion de valeur de la vie. Un citoyen qui a conscience qu’il va mourir est sans doute plus productif, plus intense et perd moins de temps à gaspiller sa vie inutilement.
La façon dont chaque personnage réagit face au préavis de sa mort ; le machiavélisme d’une telle entreprise ; les fissures qui naissent silencieusement dans l’esprit de certains, qui luttent intérieurement contre ce système absurde : tout ceci constitue une construction très intéressante à dévorer page après page.
J’ai été surprise de découvrir que l’auteur a commencé, depuis 2021, à travailler sur un nouveau manga intitulé : Ikigami Sairin. Celui-ci compte actuellement trois tomes en cours au Japon et, pour le moment, peu d’informations circulent à son sujet, ni même sur une éventuelle parution française.
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| Ikigami Sairin, par Motorô Mase — 2021, 3 tomes en cours (V.O) |
Je n’ai plus qu’à vous conseiller ce manga si vous ne l’avez encore jamais lu.
Bonne lecture !
Éditions : Kazé
Année : 2009
Pages : 214
Langue : Français
EAN : 9782849655375
Lien :
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(interview de Motorô Mase à Manga News)