Parcourir un livre, c’est comme plonger dans un rêve éveillé : on divague et on s’envole avec les images qui se forment dans notre esprit. Guidé par le récit, notre imaginaire façonne le meilleur des films, celui que seules les lignes qui défilent devant nos yeux savent le mieux raconter. Mais avec ce livre dont je vais vous parler, oubliez la logique narrative à laquelle vous êtes habitués et préparez-vous à connaître une histoire surréaliste et entièrement visuelle.
Internet a cette particularité de pouvoir propulser la culture au-delà des limites physiques. C’est donc en me promenant dans ses couloirs invisibles que j’ai atterri dans une pièce dédiée aux œuvres de Jim Woodring. Je passe devant The Book of Jim, puis The Frank Book — des œuvres que je mémorise pour y revenir plus tard — pour enfin m’arrêter devant Weathercraft, son premier livre à proprement parler, sa première longue histoire publiée.
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| Frank se prépare pour un pique-nique — Weathercraft |
On démarre avec Frank (un anthropomorphe générique qui fait penser aux dessins des frères Fleischer) qui s’active en cuisine pour préparer son panier de pique-nique. Mais cette apparition n’est qu’occasionnelle, car cette fois, ce n’est pas lui le personnage principal, mais Manhog, une créature aussi anthropomorphique dont on ne présage rien de bon, vu sa condition en couverture. Son créateur dira de lui durant une interview accordée au The Comics Journal :
Manhog est tout simplement malchanceux. Né dans ce monde, il est totalement démuni pour y survivre. Il ne peut faire le bien, même s'il le voudrait. Incapable de mener une vie productive ou de se construire un monde meilleur, il erre dans un état constant de honte et de déshonneur. Il doit faire contre mauvaise fortune bon cœur, mais il possède aussi un potentiel de changement unique parmi les personnages. Il pourrait être absolument démoniaque ou absolument angélique – toute la palette des possibles qui existe en chacun de nous. » — Jim Woodring
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| Manhog, mi-homme mi-cochon — Weathercraft |
Il n’est pas nécessaire d’avoir connu les précédentes œuvres de Woodring pour apprécier son travail graphique, surtout qu’il n’y a pas de récit linéaire logique dans Weathercraft. Mais avoir au préalable une certaine familiarité avec les personnages aide sans doute à mieux comprendre pourquoi Manhog souffre autant.
Sorti en 2010, ce livre universel est accessible à tous. Nulle barrière linguistique ne viendra perturber votre analyse, qui doit se faire avec le plus grand recul.
Puisque l’œuvre est contemplative, autant vous conseiller une petite bande-son pour accompagner tout ça : personnellement, je trouve que les musiques du groupe Tool se marient particulièrement bien à l’univers psychédélique de Woodring.
[... ] je voulais raconter une histoire qui exprime des choses difficiles à exprimer avec des mots. Je voulais que les histoires transcendent le temps et l'espace. Et je savais que si ces personnages parlaient, ils s'exprimeraient dans un anglais moderne et idiomatique, ce qui les ancrerait dans le temps et l'espace. Je voulais que ce soit précis quant aux événements, mais vague quant à leur interprétation. Je pensais que ce serait plus puissant, plus ambigu et plus authentique. Les mots peuvent être trompeurs : on les utilise et chacun leur attribue le sens que ses préjugés lui dictent. Les images sont, d'une certaine manière, moins sujettes à interprétation. » — Jim Woodring
Fait à la plume et à l’encre, l’art de Jim Woodring est plus que littéraire, c’est une expérience sensorielle qui s’apprécie et se partage pour la faire vivre le plus longtemps possible.
Bonne lecture !
Éditions : L'Association
Année : 2010
Pages : 104
Langue : Français
EAN : 9782844143907
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Source :
interview de Jim Woodring