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La reine des grenouilles ne peut pas se mouiller les pieds - Calì et Somà

 
La reine des grenouilles ne peut pas se mouiller les pieds

Davide Calì, que je découvre avec cet album, est un auteur italien qui a écrit pas moins d’une centaine de livres pour enfants, traduits dans plus de trente langues et publiés par de nombreuses maisons d’édition (Sarbacane, Cornelius, Actes Sud, Gallimard Jeunesse, Casterman, etc.).

L'histoire se déroule dans un étang où ne règnent que le calme et l’harmonie. Les grenouilles qu'y habitent, font des trucs de grenouilles : sautent, attrapent des mouches, font la sieste et jouent avec des libellules.
Dans cette ambiance bon enfant, elles sociabilisent et passent leur temps à profiter des petits moments de la vie.
Alors qu’elles chantent gaiement, comme tous les soirs d’été, quelque chose tombe dans l’eau.
Assise parmi les autres, une grenouille qui a repéré l’endroit où est tombé le projectile, plonge rapidement pour ramasser l’objet.
Lorsqu’elle remonte à la surface, elle porte sur sa tête une couronne. Ce seul geste suffit à faire de cette grenouille, qui jusqu’alors n’était pas différente des autres, la reine des grenouilles.


Personne n’avait jamais vu de reine auparavant. Personne n’était donc en mesure de savoir ce qu’une reine devait dire ou faire.
À l’exception de quelques grenouilles qui, elles, pensaient savoir exactement ce qu’il convenait de faire. Elles conseillent à la toute nouvelle souveraine de ne plus adresser la parole aux autres grenouilles, de ne jamais mouiller ses pieds, de ne pas se surcharger, de beaucoup dormir, de manger les meilleures mouches, de donner des ordres et de punir celles qui « n’obéissent pas ! ».

Commence alors une ère d’asservissement et de privilèges absurdes. Pour satisfaire leur reine, le peuple se prive et se donne en spectacle.
Quelques-unes parviennent toutefois à conserver un esprit critique et s’interrogent avec pertinence : en quoi une simple couronne ferait-elle de cette grenouille, autrefois ordinaire, un être supérieur ?
La réponse tient en une aberration sans fondement : si elle est reine, c’est parce qu’elle fait tout mieux que les autres.

Initialement, je voulais simplement lire cet album pour passer un bon moment et me détendre ; il n’était pas question d’en faire une critique. Mais le propos est tellement pertinent, et la démonstration si fine, qu’il m’a semblé nécessaire de le partager pour que cette œuvre continue de circuler et de vivre.

Dans cet ouvrage, on trouve une démonstration limpide de la manière dont meurent les démocraties et de la façon dont naît le pouvoir que l’on accorde à autrui : lorsque la crédulité et la passivité rencontrent des esprits manipulateurs et sans scrupule, un leader incompétent peut s’élever au-dessus de la foule.

Une métaphore qui n’est pas sans rappeler notre réalité contemporaine.

Première lecture de cet écrivain prolifique — sans oublier les illustrateurs talentueux avec lesquels il collabore — mais certainement pas la dernière. J’ai d’ailleurs déjà repéré plusieurs titres dont la couverture et le résumé ont éveillé ma curiosité : Le Jour des Baleines (2019), L’Écrivain (2019), L’Appel du marais (2019) et Le Marchand de bonheur (2020).

Un livre simple, sans prétention apparente, mais porteur d’un message d’une grande puissance.

À méditer longuement.


Bonne lecture !


Éditions : Rue du Monde
Année : 2013
Pages : 40 pages
Langue : français
EAN : 9782355042515