Le cas Mary Bell, par Théa Rojzman. Une histoire criminelle véridique qui a secouée la Grande-Bretagne dans les années soixante.
1968 : Mary Bell est une petite fille de 10 ans, qualifiée de psychopathe par la presse et condamnée à perpétuité pour le meurtre sur deux enfants. Le procès est expéditif et personne n'interroge alors les raisons de ces actes monstrueux qui font scandale dans la Grande-Bretagne de la fin des sixties.
1995 : Vingt-sept ans après les faits, la journaliste Gitta Sereny, décidée à comprendre ce drame, demande à Mary Bell, finalement libérée et mère d'une petite fille, de révéler toute sa vérité. Elles plongent alors dans les souvenirs de Mary, en quête de révélations douloureuses mais aussi de réparations.
« Le cas Mary Bell » : cette enfant a réellement subi les violences indicibles qu’elle a traversées et a réellement commis les actes horribles dont on l’accuse.
Rapidement cataloguée comme enfant psychopathe, meurtrière, tueuse d'enfants sur les chaînes sensationnalistes YouTube, cette bande dessinée cherche à sortir de ce raccourci médiatique pour replacer les faits dans leur contexte social, familial et psychologique.
En s’appuyant sur le travail de Gitta Sereny, notamment ses enquêtes publiées dans The Case of Mary Bell et Cries Unheard: Why Children Kill, la BD interroge une question essentielle : naît-on criminel ou on le devient ?
| Le cas Mary Bell, Gitta Sereny - 1972 |
Comprendre sans excuser. Montrer les violences subies, les défaillances adultes, l’abandon institutionnel.
En somme, le but est double : éclairer un drame humain avec rigueur documentaire et en faire une œuvre capable de susciter réflexion plutôt que fascination morbide.
Tout débute au moment où Gitta Sereny (journaliste et écrivaine) s’apprête à préparer son deuxième livre sur Mary Bell, à savoir Une si jolie petite fille, paru en 1998 — longtemps après son premier ouvrage, Le cas Mary Bell, publié en 1972.| Une si jolie petite fille, Gitta Sereny - 1998 |
L'architecture littéraire proposée par Théa Rojzman, alterne des entretiens entre la journaliste Gitta et Mary ; les souvenirs de Mary et ses émotions qui reviennent sous forme de métaphores, mais aussi d'elle enfant qui parle au fond de son esprit.
Saluons également le travail du coloriste, Stefano Ronconi, qui joue admirablement avec les ambiances : passé en sépia, présent coloré, bascule de la raison vers la folie - les émotions de Mary Bell étant colorées en bleu, comme lorsqu'elle se sent submergée…
La scénariste Théa Rojzman, adopte une posture exigeante et réussit à relever un défi complexe : ne chercher ni à excuser ni à condamner aveuglément, mais à faire émerger une vérité psychologique.Il s’agit d’un travail de mémoire, d’une tentative de reconstitution d’un parcours, et d’une réflexion sur l’enfance maltraitée et la responsabilité sociale.
On obtient ainsi une bande dessinée poignante, parfois difficile à lire, clairement à ne pas mettre entre toutes les mains. D’ailleurs, elle est conseillée à un public de plus de 17 ans.
Ceci n'est clairement pas une narration policière ou une enquête qui cherche à savoir qui à fait quoi — les faits sont établis.
Un drame terrible, porté par une bande dessinée d’une finesse et d’une maîtrise qui rendent justice à la complexité du réel.
Un drame terrible, porté par une bande dessinée d’une finesse et d’une maîtrise qui rendent justice à la complexité du réel.
Bonne lecture !
Éditions : Glénat